Protectionnisme

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Serait-ce la fin d’une ère de multilatéralisme et de commerce mondialisé préservé tant bien que mal depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale ? La tendance au protectionnisme économique, industriel et commercial se propage aujourd’hui comme une traînée de poudre. Il eut d’abord le Brexit qui a pris de revers tout le monde, y compris les Britanniques. Le référendum sur la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne a d’ailleurs fait l’effet d’une bombe auprès de plusieurs économistes et experts en ce qu’il alertait sur l’ouverture d’une brèche à la montée des mouvements nationalistes dans plusieurs pays du Vieux Continent. Ensuite, il y eut l’élection du Président américain Donald Trump qui a basé sa campagne électorale sur le «BringAmerica Back» vantant les mérites d’un retour des industries et des emplois délocalisés et affichant clairement son opposition aux grands accords de libre-échange régionaux à l’instar du Traité Transatlantique et du Traité Transpacifique. Aujourd’hui, dans plusieurs pays européens, le spectre d’un ITEXIT ou d’un FREXIT continue de planer surtout dans un contexte de fragilité économique. Les idées nationalistes et protectionnistes se font de plus en plus d’échos auprès de l’opinion publique, et ce, même chez les partis politiques jusqu’ici partisans du libéralisme commercial et des procédés de délocalisation et de «colocalisation».

Voir les plus grands blocs commerciaux mondiaux afficher leur scepticisme concernant l’évolution du commerce mondial est tout sauf rassurant. Pourtant, le Maroc poursuit les efforts de libéralisation de son économie avec notamment le lancement de la réforme sur la flexibilité du dirham. Officiellement, ce chantier se justifie par la dynamique de diversification commerciale du Maroc grâce au cap dessiné vers l’Afrique, la Chine, la Russie et d’autres pays émergents. Cette réforme s’explique également par la volonté de faire du Maroc et de Casablanca en particulier, un hub financier régional. Mais dans un tel climat d’incertitude mondiale, on est en droit de se demander si la situation est propice au lancement d’une réforme de cette envergure. Surtout au moment où les réserves en devises du Maroc semblent totalement confortables avec l’équivalent d’environ 7 mois d’importations (la moyenne recommandée par le FMI étant de 4 mois) et qu’un panier composé à 60% d’euros et 40% de dollars correspond parfaitement à la structure des échanges du Royaume. La volonté du Maroc de s’ouvrir sur les marchés étrangers et de poursuivre la libéralisation de son économie ne devrait l’empêcher de faire preuve de vigilance. Dans ce sens, Bank-Al-Maghrib assure que cette réforme se fera de manière graduelle selon plusieurs étapes, les autorités prenant chaque fois en considération les prérequis au lancement de chaque étape du processus. Affaire à suivre.

Hicham RAHIOUI

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