Le fast-fashion, le challenge logistique

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Le fast-fashion, le challenge logistique
Aux années 2000 et suite au démantèlement des accords multifibres, des concurrents de taille ont émergé tel que l’Inde et la Chine, et même les orientations stratégiques des donneurs d’ordre ont changé, puisque ces derniers voulaient plus s’orienter vers des pays qui ont la possibilité d’offrir une prestation intégrée : textile et confection.
Cette mise sous stress de l’industrie textile et habillement a poussé les entreprises marocaines à lancer des réflexions d’amélioration et d’adaptation, cette cogitation a fait naître deux orientations salutaires pour le secteur : la Cotraitance et le Fast-Fashion.

Le Fast-Fashion, cheval de bataille de l’industrie et de l’habillment.

Le Fast-Fashion est une philosophie de production et une stratégie industrielle et marketing, elle consiste à dépasser la logique de production pour des saisons et s’oriente vers la production continue de collection. La rotation de la chaîne de conception, sourcing, production et distribution est quasi continue, et dans certains cas la boucle complète se fait en moins de 15 jours.
Par effet de proximité géographique de l’Espagne, pays leader mondial de ce concept, Le Maroc s’est positionné naturellement comme partenaire stratégique pour les grandes enseignes opérant dans le secteur du Fast-Fashion. C’est le cas, entre autres, de Mango et d’Inditex avec ses enseignes (Zara, Stradivarius, Bershka, Massimo Dutti…). Donc pour être dans la course du fast-fashion, il faut être capable de fournir des produits finis dans des temps record avec des prix très compétitifs. Autrement-dit, il faut avoir une chaine logistique, dans le sens large du terme, parfaitement infaillible et où chaque maillon est dimensionné d’une manière optimale.

Compléxité de la « supplay Chain» du Fast-Fashion .

Contrairement à des clichés qu’on peut avoir, la gestion de la supplay chaine de l’industrie d’habillement est très complexe. Certes, un bon nombre des pratiques logistiques généralistes sont applicables à ce secteur, il n’en demeure pas moins que le secteur, et spécialement la branche du fast-fashion est caractérisée par des particularités qui lui sont intrinsèques et qui doivent être prises en considération lors de l’étude et de la conception de la supplay chaine, à savoir :

  • La diversification : Une étude faite par un cabinet spécialisé a démontré que le nombre de références déclinées en modèles, colories et tailles d’une enseigne est en moyenne de 20 000 références par an, et que ce nombre dépasse souvent les 100 000 références.
  • Le renouvèlement : En plus de la complexité de la diversification, s’ajoute le paramètre du renouvellement : chaque année 62% des produits créés sont totalement nouveaux, et 22% sont une déclinaison d’un produit existant, soit d’une manière globale chaque année on a 84% de nouvelles références.
  • La saisonnalité : Le secteur de l’habillement est l’un des rares secteurs où les notions de : saisonnalité, cycle de vie et rythme des collections façonnent la chaîne logistique, car on ne peut concevoir une chaîne logistique globale sans prendre en considération cette variation rapide de la maille de temps.
  • Flexibilité et modularité : Les gammes de production changent d’un produit à un autre et dans des temps relativement très courts qui peuvent-être de l’ordre d’une semaine. Les chaînes de production ne doivent pas être fixes, mais modulaires et flexibles.
  • Internationalisation : le sourcing et la distribution des produits d’habillement vêtissent une dimension internationale, les composants qui entrent dans la nomenclature de composition d’un seul article peuvent parvenir de plusieurs pays voire continents, et de même pour la distribution, une enseigne peut avoir jusqu’à 5000 magasins à alimenter éparpillés dans le monde entier.

Comment réussir le challenge du Fast- Fashion ?

Pour optimiser le processus du ”Design to stor”, le point de départ, si étrange qu’il parait, c’est la date de mise en place au magasin ! À partir de ce jalon là il faut faire un rétro planning : quand le produit doit-il être aux points de distribution ? En production, quand les approvisionnements nécessaires à la fabrication doivent être disponible et quand le design du produit doit être finalisé.
L’apport de cette démarche est très efficace puisqu’elle combine la gestion de production avec la gestion de projet, puisque chaque nouvelle collection est un projet en soi.
Une chaîne logistique classique est constituée en principe de trois maillons : approvisionner, produire et distribuer.
Dans le cas de l’industrie d’habillement et spécialement du Fast- Fashion un autre maillon, qui nous vient de la chaîne de valeur, devient une composante permanente de la chaine logistique, c’est « Concevoir ».
Donc pour optimiser les performances globales de la chaîne, chaque maillon doit être scruté et revu.
Nous allons plus nous intéresser à l’optimisation des trois derniers maillons de la chaîne puisque le premier et en général géré par le donneur d’ordre car la conception et le design sont la raison d’être de la marque.

APPROVISIONNER :

Dans la majorité des cas, c’est le donneur d’ordre qui fait le choix de ces sources d’approvisionnement, et il délègue aux industriels marocains la gestion du transport et du dédouanement, ou plus souvent uniquement du dédouanement.
Des efforts ont été déployés par l’administration des douanes et des impôts indirects pour faciliter les procédures de dédouanement, tel que la catégorisation des entreprises, les couloirs dédiés, la nomenclature simplifiée, etc.
Toujours est-il que l’accès à la caution morale pour la gestion des admissions temporaires reste très difficile à décrocher ce qui génère du retard dans les procédures de dédouanement ainsi qu’un poids financier à supporter par l’entreprise dans les cas de caution bancaire ou caution mixte.
Deux autres solutions peuvent aussi aider à l’amélioration des délais d’approvisionnement et des temps de dédouanement:

  • Les plateformes d’approvisionnement : Il faut étoffer le réseau des fournisseurs locaux.En essayant d’orienter l’ensemble des approvisionnements nécessaires à la production vers un sourcing local, il n’en demeure pas moins que les fournisseurs locaux de tissus, d’accessoires, de traitement spécifique d’ennoblissement, etc. doivent savoir suivre et même prévoir les tendances du marché.
  • Créer des zones franches : opérer dans des zones franches destinées à l’industrie textile à l’instar de ce qui se fasse pour l’aéronautique et l’automobile, donne une large souplesse de manoeuvre en termes de procédures douanières d’importation des coûts financiers de l’admission temporaire.

PRODUIRE :

En ce qui concerne la phase de production, le Maroc a deux avantages incontestables. Le premier c’est sa grande capacité de production, estimée à plus d’un milliard de pièces par an.
Le deuxième c’est l’expérience et la formation : c’est un secteur qui opère depuis 50 ans, et pour accompagner le développement du secteur des instituts de formation ont été créés pour assurer l’amélioration continue des compétences.
Un plan de formation est mise en place pour atteindre un objectif de 2.000 ingénieurs et 30.000 opérateurs à l’horizon 2015.
Donc l’offre nationale de production est satisfaisante, mais il y un travail de longue haleine à faire sur la structuration et l’organisation des unités de production.
Il faut dire que le secteur est très en retard dans l’assimilation et l’intégration des outils de gestion de la production, de la maintenance, de l’optimisation des ressources et des mécanismes de l’amélioration continue.
Le Fast-fashion est une branche de l’industrie d’habillement qui est très exigeante en terme de délai et aussi en terme de coût de production.
Pour que notre unité de production reste dans la course Il faut travailler d’une manière plus évoluée et mesurée sur l’ordonnancement des séries de fabrication, l’équilibrage des chaînes de production, la flexibilité et la modularité des postes de travail.
Ces différentes mesures, entre autres, vont préparer les unités de production à s’orienter vers une philosophie de lean manufacturing voire même agile manufacturing et cela dans un but d’éliminer toute source de gaspillage de temps ou d’argent et cela sans perdre sur la force de flexibilité et d’adaptation rapide.

DISTRIBUER :

D’une manière générale, les donneurs d’ordre ne délèguent pas la couverture de la totalité du réseau de distribution.
Uniquement la livraison jusqu’à un centre de distribution est délégué au sous-traitant.
Il faut dire que la Maroc a réalisé une avancée majeure en terme de logistique, avec le contrat programme logistique 2015, environs 70 plateformes logistiques seront créées, elles seront directement connectées aux ports et aux infrastructures autoroutières et ferroviaires et à proximité des agglomérations des unités de production.
Les mesures entreprises dans ce contrat programme permettront de diminuer le temps de transit sur le circuit national et aussi de créer une diversification de l’offre logistique.
Un autre atout de taille pour la logistique en aval, c’est le port de Tanger Med.

Les avantages que présente ce port ont permis à l’industriel du textile d’être plus réactifs, et ceci grâce à :

  • Procédure de dédouanement à l’export en moins d’une heure.
  • Un couloir de dédouanement dédié aux industriels du textile.
  • Un terminal spécial pour les navires RORO, ce qui facilite l’exportation en camion.
  • Le port est desservi par plusieurs compagnies maritimes, avec une moyenne de rotation de 6 à 8 navires par jour vers diverses destinations.

Fast-Fashion, perspectives et ambitions.

Dans l’état actuel des choses , les industriels marocains, s’intéressent plus au marché européen, certes ce marché nous a permis de monter en compétence et de comprendre les mécanismes du fast-fashion, cependant il faut pas dormir sur ses lauriers et viser d’autres marchés, à savoir :

  • Le marché américain : avec ce marché on a un accord de libre-échange qui n’est pas actuellement profitable au Maroc.Aujourd’hui le temps de transit entre le port de Tanger Med et New York peut être de l’ordre de seulement 5 jours, ce qui présente aussi un atout majeur pour la chaîne logistique. Ceci dit, l’handicap de la langue reste une barrière à surmonter.
  • Le marché marocain : cela peut être surprenant, mais le marché marocain est un marché de proximité qui reste à conquérir.Le plan textile 2025 prévoit que la demande du marché marocain se verra tripler d’ici 2025 et ce plan met en avant le marché marocain comme l’un de ses axes d’action.
    Les industriels de l’habillement ont aiguisé leur compétences en passant par plusieurs phases : sous-traitance, cotraitance, Fast- Fashion, il est temps de passer au total «made in Morocco» par la création de marques marocaines et pourquoi pas des franchises.
    Des marques marocaines, ont prouvé que cette démarche est possible et elles se sont créé une place de qualité parmi des marques de renommée mondiale.

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