Ces femmes qui font bouger l’industrie

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Ouvrières, cheffes d’atelier, directrices de production ou encore chargées de mission, les femmes ont investi progressivement l’industrie, un domaine traditionnellement dominé par les hommes. Bravant les obstacles, elles se sont imposées dans un monde qui leur a longtemps fermé ses portes. Tour d’horizon.

Souad, 38 ans, est aujourd’hui cheffe d’équipe dans une grande usine de montage d’équipements électroniques. Il y a quelques années, cette licenciée en histoire géo a rejoint cette structure en tant que simple ouvrière afin de subvenir aux besoins de sa famille. Difficile pour elle à l’époque de trouver un job. Elle aurait bien aimé être une institutrice ou secrétaire, mais c’est par la force des choses que Souad s’est finalement tournée vers l’industrie. Un domaine qu’elle a intégré au plus bas de l’échelle. Même si ce boulot n’avait rien de séduisant, elle s’y est donnée à fond. Au fil des ans, ses employeurs voient en elle les capacités à s’adapter et à évoluer. Malgré son diplôme universitaire peu adapté au monde de l’entreprise, elle a su apprendre. Elle suit alors une formation professionnelle et gravit ainsi les échelons pour devenir l’une des rares femmes de cette usine en charge de toute une équipe composée principalement d’hommes. Des petites success story pareilles, il y en a tellement. Les femmes marocaines ont depuis longtemps investi le monde de l’industrie. Elles s’y sont imposées progressivement. Dans certains secteurs, comme le textile, elles ont même été les locomotives de la croissance. Parfois leurs efforts n’ont hélas pas été reconnus à leur juste valeur. Cantonnées à d’innombrables tâches avec des horaires de travail dépassant amplement le plafond règlementaire, elles étaient il n’y a pas si longtemps perçues comme une main d’œuvre au rabais, taillable et corvéable à souhait. Certaines devaient même travailler les jours fériés sans aucune compensation financière. Ces temps sont aujourd’hui presque révolus. Fini le cliché de l’ouvrière recouverte de suie dans une usine de charbon de bois ou celui de la mécanicienne à la blouse blanche penchée sur sa machine à coudre, les femmes qui travaillent dans l’industrie n’y ressemblent plus. Autrement dit, travailler dans l’industrie ne signifie plus forcément avoir les mains dans le cambouis. Au Maroc, les femmes qui rejoignent actuellement les secteurs industriels peuvent aussi bien être cheffe de projet, concevoir des machines, élaborer des plans ou encore organiser la production. Dans une grande minoterie Casablancaise, située à Sidi Bernoussi, c’est d’ailleurs une femme qui gère les process «qualité». Ingénieure d’État, Fatime-Zahra est omniprésente tout au long des chaînes de production de cette usine moderne dont les équipements sont de dernier cri. De l’arrivée de la matière première, au moulage du blé jusqu’au stockage, elle a un regard sur tout. Recrutée en tant que responsable de qualité, cette jeune femme est devenue, par sa rigueur et son efficacité, le bras droit du DG de cette entre- prise qui emploie plus de 250 personnes. «J’assume parfaitement ce choix de carrière car ce métier reste, malgré les apparences, passionnant. Être sur le terrain, c’est une bonne chose. On y prend goût rapidement. Surtout que chaque jour, on engrange de l’expérience», nous dit-elle les yeux rivés sur le poste de commande. Tout comme elle, il y a aujourd’hui beau- coup de femmes qui possèdent la fibre industrielle. Par vocation, prédisposition ou hasard de la vie, elles sont devenues accros à l’ambiance des ateliers, au travail en équipes et aux innovations technologiques. «Être sur le terrain», c’est d’ailleurs ce qui les motivent toutes. Associée il y a des lustres à des métiers d’hommes, l’industrie nationale se féminise doucement, mais surement avec de plus en plus de femmes au top management des entreprises. Il y a également celles qui ont monté leurs propres affaires. Des PME à la grosse industrie en passant par la TPE, les sociétés créées par les femmes entrepreneuses sont, elles aussi, de plus en plus nombreuses. S’agissant des unités industrielles, il y a aujourd’hui plus de femmes qu’avant qui occupent des postes techniques jadis réservés aux hommes. Car malgré les préjugés liés aux métiers industriels, les femmes n’hésitent plus à conquérir ce monde où seule la compétence prime. Cependant, en raison de certaines idées préconçues qui ont la vie dure dans le domaine de l’industrie, associer les femmes à l’industrie n’est pas encore évident pour tout le monde. Que ce soit dans l’industrie de l’acier ou encore la construction, l’accès à l’emploi n’est pas facile pour le sexe féminin car pour les métiers les plus techniques comme dans la maintenance ou le SAV, ce sont souvent les hommes qui sont privilégiés. Certains stéréotypes ont aussi la dent dure. Dans l’agro-alimentaire, les femmes sont plus présentes dans la réalisation de la confiserie ou encore les conserves de pois- sons alors que les hommes se tournent vers la viande. Il y a encore beaucoup d’ouvrières en production à cause du fruit de l’Histoire mais les femmes occupent de plus en plus des postes de contrôle, d’analyse et dans les laboratoires. Et c’est tant mieux sachant que les métiers sont beaucoup moins pénibles qu’auparavant. En plus, il y a actuellement un côté créatif qui se développe de jour en jour. Dans un contexte marqué par une compétitivité féroce, les entreprises se doivent d’être innovantes et donc créatives en transformant la matière et c’est ce qui fait aujourd’hui l’attrait de l’industrie. Car l’image du milieu est en train de changer. Les femmes s’en sont rendues compte. L’industrie ne leur fait plus peur. Au contraire, elles y voient même une réelle opportunité avec d’immenses possibilités d’évolution de carrière. Si de plus en plus d’industriels ont aujourd’hui compris que la mixité dans les entreprises est un réel facteur de compétitivité, il est temps pour que la société change elle aussi son regard sur la femme.

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