Hind Baddag , Directrice Activité Traitement de Déchets Ecoval : « Si on arrive à traiter les déchets ménagers au niveau des six plus grosses décharges du Maroc, on permettra d’atténuer les émissions de CO2 de 54% à fin 2030 »

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A quelques jours avant la tenue de la 8e édition du Salon des équipements, des technologies et des services de l’environnement, IDM a rencontré Hind Baddag, Directrice Activité Traitement et Déchets au sein d’Ecoval pour nous livrer ses points de vue sur la valorisation des déchets ménagers et industriels au Maroc. Propos recueillis par Hicham RAHIOUI

Un mot sur Ecoval et le rôle qu’elle compte jouer dans la valorisation de déchets industriels et ménagers?

Comme vous le savez, la fusion Holcim-Lafarge a eu lieu le 04 juillet. Ecoval est maintenant la filiale déchets de ce premier groupe qui est la première capitalisation boursière du Maroc. Pour ce qui est du côté organisationnel, je crois qu’il est un peu trop tôt d’en parler, dans la mesure où l’on vient de démarrer il y a à peine deux mois. On a encore du temps, pour mieux nous structurer et réorganiser les effectifs des uns et des autres. Ce que je peux vous affirmer, c’est que nous avons un grand avenir devant nous parce que nous sommes bien outillés en termes d’exutoire. Nous avons, comme vous le savez six cimenteries au lieu de trois. Ce qui est un atout concernant la valorisation de déchets industriels ou ménagers.

Quel regard portez-vous sur le marché de la gestion de déchets au Maroc et est-ce qu’il y a assez d’acteurs pour le développement de cette niche ?

Il faut dire qu’il y a plusieurs acteurs. Certes, nous étions pionniers dans ce domaine et c’est ce qui nous donne cette longueur d’avance par rapport aux autres acteurs. Ceci dit, et comme on le constate chaque année au niveau du Pollutec, il y a de nouveaux arrivants dans le secteur. Ceci montre tout l’intérêt de ce marché au niveau du Maroc qui, bien que nouveau, se développe pas mal. Je mets surtout l’accent sur le domaine des combustibles produits à partir des déchets ménagers (RDF) et qui va se développer de manière assez prononcée.

A cette occasion, que pouvez-vous nous dire à propos du marché de la RDF au Maroc ?

Selon moi, c’est un marché qui a le vent en poupe et qui est promu à un bel avenir. C’est un marché qui, avec cette NAMA déchets, comme je l’ai dit lors du Pollutech, a placé les procédés MBT (NDRL : traitement biomécanique des déchets) en tant que procédé fort pour la préparation du RDF local à partir des déchets ménagers des décharges et leur valorisation énergétique au niveau des fours de cimenteries.

Cela ne peut avoir que des impacts positifs pour le Maroc. Dans ce sens, on pourrait citer, à titre d’exemples : le rallongement de la vie de la décharge; les avantages sociaux en impliquant pas mal de ressources tels que les chiffonniers au niveau du tri avec un cadre de travail décent ; les avantages économiques telle que la substitution du Petcoke au niveau des cimenteries par une ressource renouvelable ; etc.

Et selon cette étude NAMA déchets, il est clairement précisé que si on arrive à traiter ces déchets ménagers au niveau des cinq ou six plus grosses décharges du Maroc, on permettra d’atténuer les émissions de CO2 de 54% à fin 2030. Ce qui n’est pas négligeable.

Qu’en est-il des projets d’Ecoval ?

Nous sommes en phase de réflexion concernant plusieurs projets. Mais, celui qui revêt une extrême importance pour nous et qui est d’ordre prioritaire c’est notre projet phare au niveau d’Oum Azza à côté de la décharge de Rabat. C’est là que nous allons réaliser le premier centre de préparation RDF en partenariat avec le Groupe Pizzorno Environnement et la collectivité de Rabat. Avec un investissement d’à peu près 55 millions de dirhams, ce centre recevra 90 000 tonnes de refus de tri pour en extraire 50 000 tonnes. Pour ce qui est de sa construction, elle sera lancée durant le dernier trimestre 2016, afin d’être opérationnel 9 voire 12 mois après.

Quelques chiffres sur le site Oum Azza ?

C’est un site qui fait 678 000 tonnes d’entrées en termes de déchets ménagers. Il a une ligne de tri qui fait 250 000 tonnes/an avec des chiffonniers qui ont été restructurés via l’association Attadamoune pour les faire passer de l’informel vers le formel. Une deuxième ligne de tri de 250 000 tonnes/an verra aussi le jour puisqu’elle est actuellement en train d’être mise en place. Il est à noter que la décharge d’Oum Azza est la deuxième plus grosse décharge au Maroc, après celle de Médiouna.

Un petit rappel relatif au NAMA pour nos lecteurs ?

C’est une étude qui a été mandatée par le ministère de l’Environnement et le PNUD concernant le secteur des déchets ménagers au Maroc. L’appellation NAMA (Nationally Appropriate Mitigation Actions) est relative aux Mesures d’Atténuation Appropriées au niveau National au niveau des déchets ménagers.

La NAMA a montré qu’il existe trois composantes pour atténuer le CO2. D’abord la composante du tri/recyclage via les centres de tri. Ensuite, la composante relative à la récupération du biogaz et le drainer de manière efficace pour le torcher et produire de l’électricité (pour exemple, les décharges de Fès et Oujda). Et enfin, la troisième composante qui revêt un caractère primordial parce qu’elle a un impact fort sur l’atténuation du CO2. Il s’agit des procédés MBT qu’on a abordé dans une question précédente.

Ces procédés MBT peuvent être mis en place au niveau de plateformes qui vont préparer du RDF à partir de déchets ménagers pour les acheminer vers les cimenteries pour une valorisation énergétique ; ce qui permet de substituer les énergies fossiles qui génèrent un taux élevé de CO2.

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