Saloua Karkri-Belkeziz, Présidente de l’APEBI «La tenue de l’AITEX intervient à un moment où le Maroc vient d’annoncer sa stratégie digitale 2020»

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Organisée sous le Haut Patronage de Sa Majesté et sous l’égide du ministère de l’Industrie, du Commerce, de l’Investissement et de l’Economie Numérique, la première édition de l’AITEX (AFRICA IT EXPO), tenue du 21 au 24 septembre dernier, s’est positionnée comme une « vitrine de l’offre numérique dans sa diversité et des dernières évolutions digitales et première plateforme de l’innovation technologique en Afrique ». IDM a pris contact avec Saloua Karkri-Belkeziz, Présidente de l’APEBI pour nous donner quelques éclaircissements sur ce nouveau-né ainsi que son avis la transformation digitale au Maroc. Propos recueillis par Hicham RAHIOUI

Avez-vous une stratégie à long terme dont l’objectif est de faire de l’AITEX LE rendez-vous incontournable pour le développement numérique en Afrique ?

En fait, dès la présentation de notre projet lors des élections au niveau de l’Apebi, nous avons estimé que l’IT est un secteur qui devait avoir son Salon, sachant que depuis cinq ans, au niveau du Ministère du Commerce l’Extérieur, il existe un budget dédié à l’internalisation des Salons. C’est un budget dont l’Apebi n’a su en tirer profit que cette année. Et encore, le défi était un peu dur à relever puisqu’on n’avait que six mois pour pouvoir donner naissance à l’Aitex. A cela s’ajoute les circonstances de la conjoncture, la COP22, etc. Mais, au final, nous sommes contents d’avoir pu mettre en place la première édition de ce Salon qui, plus est, s’est tenu sous le Haut Patronage de Sa Majesté. Ce Salon intervient aussi à un moment opportun dans la mesure où le Maroc vient d’annoncer sa stratégie digitale 2020. Pour le positionner en tant que vitrine de l’offre numérique dans sa diversité et des dernières évolutions digitales et première plateforme de l’innovation technologique en Afrique, nous nous sommes aussi appuyés sur la dimension africaine, puisque lors des dernières visites royales à certains pays, il y a eu la création de deux groupes d’impulsion économiques avec le Sénégal et la

Côte d’Ivoire, avec, en plus, l’économie numérique comme commission importante. Il nous était donc impossible d’imaginer un Salon dédié aux IT sans une dimension africaine.

Tout ce que nous espérons c’est que cet événement continental jouit d’une certaine pérennité et un rayonnement africain digne du nom. C’est, d’ailleurs, pour cette raison, que lors de chaque édition, il y aura des pays africains à l’honneur. Pour cette première édition, c’était le Sénégal et la Côte d’Ivoire avec des délégations très importantes.

Est-ce que l’objectif de ce Salon c’est de réussir la transformation digitale du royaume et montrer l’exemple au niveau africain ou s’agit-il d’une autre finalité ?

C’est plutôt pour accompagner cette transformation digitale. Celle-ci doit avoir une vitrine. A cette occasion, je tiens à déplorer que le concours du meilleur projet eGov organisé par le Ministère de la Fonction

Publique et de la Modernisation de l’Administration et dont l’Apebi a toujours été partenaire, ne soit pas organisé à l’occasion de l’Aitex. A mon avis, il faut avoir une seule action au niveau de ce Salon, afin que l’Aitex soit réellement la vitrine qui met en exergue la transformation digitale qui s’opère au

Maroc. Quand cela sera le cas, il faudrait appeler à la barre le Ministère de l’Industrie, du Commerce, de l’Investissement et de l’Economie Numérique pour nous faire un topo sur les phases accomplies au niveau de la stratégie digitale 2020.

Et d’où viennent les raisons de ce problème que vous soulevez ?

Malheureusement, cela vient d’abord de la résistance au changement et puis c’est dû au problème de la détention de l’information. A mon sens, ils pensent détenir un pouvoir et croient qu’il va leur échapper, alors que ce qui a été démontré, c’est que cette appréhension n’est pas du tout fondée.

Au contraire, ceux qui s’y sont mis comme la DGI, La Poste,… ont bien tiré profit de la digitalisation. Lors de l’Aitex, à l’occasion d’un panel, la DGI a affirmé que plus de 60% des recettes maintenant sont perçues à travers la plateforme numérique. Cela ne leur a pas du tout enlevé le pouvoir. Au contraire la plateforme digitale les a aidés de se libérer des tâches répétitives pour se concentrer sur des missions de contrôle, de décision, etc.

Je tiens aussi à préciser que lors de l’arrivée de ce gouvernement, son slogan en 2012 c’était la lutte contre la corruption. Or, la digitalisation est l’une des parades les plus efficaces pour lutter contre ce phénomène.

C’est pourquoi, au début j’espérai qu’avec ce gouvernement, la digitalisation connaitrait un bel essor, ne serait-ce qu’au niveau des services publics. Je ne dis pas qu’il n’y a pas eu de réalisations dans ce sens, mais prenons l’exemple de la vignette.

Quand on lance un procédé de ce genre, on ne doit pas faire payer le cout au citoyen. Au Maroc, nous procédons contrairement aux autres pays qui encouragent leurs citoyens à opter pour les canaux digitaux plutôt que le papier. Par exemple, ces pays expliquent à leurs citoyens qu’avec les canaux numériques, ils paieront nettement moins. En plus, je me demande pourquoi chez nous, on fait intervenir les banques dans de telles opérations. Si l’Etat veut qu’elles soient des intermédiaires, c’est à lui de les payer et non au citoyen d’en supporter les frais.

N’est-ce pas là qu’intervient le rôle de l’Apebi pour pousser un peu les choses vers des services numériques au service du citoyen dont vous devez, aussi, défendre les intérêts ?

Totalement d’accord avec vous. Moi quand je milite, je milite pour le développement de mon pays. Et qui dit développement du pays, dit intérêt du citoyen. Les projets doivent faciliter la vie de nos concitoyens ; pas uniquement celle des entreprises. Au niveau de la Santé par exemple, la Fondation Lala Salma fait un excellent travail pour la prise en charge des patients avec la mise en place d’un service numérique qui permet l’accès instantané aux dossiers de ces derniers.

D’un autre côté, ce qui me désole, c’est qu’on a les moyens au Maroc pour faire mieux. Il y a de jeunes talents qu’il faut mettre en avant. D’ailleurs, quand certains m’ont fait la remarque de l’absence de grandes entreprises au niveau de l’Aitex, j’ai dit que ce Salon est là pour mettre en valeur les startups. C’est pourquoi nous avons dédié un espace à Maroc Digital ; au Technopark et à Maroc Numeric Cluster. Notre objectif est de donner un coup de pousse à ces jeunes entreprises innovantes qui développent de superbes applications et qui ne sont pas connues et qui ont du mal à commercialiser leurs produits innovants.

En tant que présidente et membre active de l’Apebi, que pouvez-vous nous dire sur la stratégie de l’Apebi afin d’avoir une meilleure influence dans l’environnement IT au Maroc ?

Dès janvier 2016, dans notre programme électoral nous avons présenté un programme avec quatre piliers stratégiques. D’abord, celui de l’Offshoring. Ce pilier on l’a mené à bon port puisque l’écosystème Offshoring a été signé. Maintenant, on attend la loi de Finances 2017 pour pouvoir débloquer le budget nécessaire et démarrer le travail. Le deuxième pilier était d’aider à donner naissance à la stratégie digitale 2020. Là, je peux vous assurer que j’ai harcelé le ministre pratiquement une fois par semaine parce qu’avec les élections, on avait peur que la stratégie ne puisse jamais voir le jour. Le troisième pilier était de revenir à l’organisation d’un Salon qui puisse être la vitrine du Maroc au niveau numérique. Avec l’Aitex, c’est une mission accomplie. Le dernier pilier est relatif au volet de l’export vers l’Afrique. Là aussi, on a vraiment activé la cadence dans ce sens et plusieurs entreprises membres de l’Apebi travaillent avec des pays africains. A ce niveau, je tiens à souligner l’apport de Maroc Export avec qui nous avons établi un excellent partenariat qui nous permet d’atteindre les objectifs de ce pilier stratégique.

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