L’investissement mondial dans les actifs immatériels a connu une progression notable en 2024, portée principalement par les logiciels, les bases de données, les marques et d’autres actifs liés à la propriété intellectuelle, selon un rapport conjoint de l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI) et de la Luiss Business School.
D’après la deuxième édition du rapport World Intangible Investment Highlights, les investissements immatériels réalisés dans 27 économies à revenu élevé et intermédiaire ont atteint 7.600 milliards de dollars en 2024, contre 7.400 milliards en 2023, soit une croissance réelle de 3 %. Cela représente une progression trois fois plus rapide que celle des investissements dans les actifs physiques.
« Nous assistons à une transformation profonde des moteurs de croissance économique », a souligné le Directeur général de l’OMPI, Daren Tang. Dans un climat économique incertain, les entreprises réduisent leurs dépenses en infrastructures matérielles tout en misant davantage sur des actifs tels que la propriété intellectuelle, l’intelligence artificielle, les données et le savoir-faire.
Les États-Unis restent en tête du classement mondial, investissant presque deux fois plus que la France, l’Allemagne, le Japon et le Royaume-Uni réunis. La Suède est, quant à elle, le pays où les actifs immatériels représentent la part la plus élevée du PIB (16 %), suivie des États-Unis, de la France et de la Finlande (15 %). L’Inde, avec une intensité de 10 %, dépasse même certains pays européens ainsi que le Japon. Le Brésil atteint un niveau comparable à celui de l’Union européenne, avec 8,5 %.
Le rapport souligne également le rôle croissant de l’intelligence artificielle dans la réorientation des investissements. Il identifie deux phases majeures : la première liée à l’implantation des capacités techniques (serveurs, centres de données), et la seconde à l’adaptation des organisations, via la transformation des processus et la formation des compétences.
Aux États-Unis, cette dynamique s’est traduite par une hausse de plus de 4 % des investissements tangibles en 2024, en lien avec les infrastructures d’IA. Dans d’autres pays, cette phase n’en est qu’à ses débuts.
Entre 2013 et 2022, les logiciels et bases de données ont affiché la croissance la plus rapide parmi les actifs immatériels, avec plus de 7 % d’augmentation annuelle. Sur la période 2008–2024, les investissements immatériels ont progressé en moyenne de 4 % par an, contre seulement 1 % pour les actifs physiques.
« À l’ère de l’IA, la performance économique dépend de plus en plus de l’interaction entre logiciels, données, compétences humaines et organisation », a souligné la professeure Cecilia Jona-Lasinio, co-auteure du rapport.
Présenté en marge des Assemblées générales de l’OMPI, le rapport appelle enfin à mieux intégrer les actifs immatériels dans les statistiques économiques officielles, estimant que plus de 60 % de ces investissements échappent encore aux systèmes de comptabilisation nationaux.








