Karim Cheikh :  « Le secteur aéronautique marocain est plus résilient… »

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Karim Cheikh est le Président du Groupement des Industries Marocaines Aéronautiques et Spatiales (GIMAS). Un secteur qui, de par son lien avec le transport aérien, a été sévèrement impacté par la crise sanitaire internationale. Dans cet entretien exclusif qu’il a accordé à Industries Du Maroc Magazine (IDM Mag), il fait l’état des lieux de son secteur et partage son optimisme quant à la reprise.

Industrie Du Maroc  Magazine : Comment se porte le secteur aéronautique marocain ?

Karim Cheikh :  Il faudrait avant tout savoir que l’industrie aéronautique se situe dans une chaîne de valeur mondialisée mettant en œuvre les technologies les plus avancées au monde. Elle exige bien évidemment la mobilisation d’une expertise exceptionnelle. Et c’est dans ce contexte particulièrement exigeant que le Maroc a pu prendre une place, et non des moindres. En ce sens que la qualité et la compétitivité de notre plateforme sont connues et reconnues à l’international. Ce qui nous vaut la confiance des avionneurs et équipementiers les plus réputés au monde.

Pour en revenir à votre question, je dirai que le secteur aéronautique au Maroc compte plus de 140 sociétés exerçant dans différents écosystèmes du domaine et réunies au sein du (Groupement des industries Marocaines de l’Aéronautique et du Spatial (GIMAS). En 2019 le chiffre d’affaire à l’export réalisé dans le secteur se chiffrait à 1,9 milliards de Dollars US. Le taux de croissance depuis quelques années se situant dans l’ordre de 20% et un taux d’intégration local de 38%. C’est vous dire toute la vitalité du secteur.

IDM Mag : Vous dites bien 2019, mais cette année le secteur aéronautique, intimement lié au transport aérien, fait face à la crise de la Covid 19. Quelle lecture en faites-vous?

‘‘A l’apparition de la pandémie, le transport aérien s’est effondré brusquement au niveau mondial’’

K.C : L’année 2020 s’annonçait plutôt bien. Les 2 avionneurs Airbus et Boeing comptabilisaient fin 2019 un carnet de commande de plus de 8 ans de production avec des livraisons de 850 avions par an chacun.

Notre veille stratégique, la surveillance de nos marché et le PAI, c’est-à-dire le Plan d’accélération industrielle signé avec notre Ministère de Tutelle (Ministère du Commerce, de l’industrie, de l’économie verte et numérique), qui est notre fil d’ariane, nous donnaient une visibilité qui permettait à notre secteur un développement encore plus important avec des indicateurs qui étaient quasiment tous au vert. L’objectif visé était d’arriver à 2,6 Milliards $ en 2021.Comme pour tous les secteurs, cette surveillance intégrait presque l’ensemble des facteurs d’impact sauf une pandémie.

A l’apparition de la pandémie au mois de mars, le transport aérien s’est effondré brusquement au niveau mondial impactant toutes les compagnies aériennes et par effet domino toute la chaîne de valeur industrielle.  Après une première phase d’adaptation aux mesures de sécurité sanitaire, les donneurs d’ordre et leurs sous-traitants font aujourd’hui face à des annulations ou des reports de commandes.

En ce qui nous concerne, cette crise a impacté notre croissance avec une baisse de nos activités de -23% fin septembre avec un impact sur les emplois à moins de 10%. Il faut savoir que d’autres plateformes aéronautiques ont subi plus de 40% de baisse d’activité et une perte d’emploi de 30%.

Nous pouvons donc dire que le secteur aéronautique marocain, dans le contexte actuel de cette crise, est plus résilient que d’autres régions du monde. Néanmoins, nous restons très vigilants sur les prochains mois à venir qui, nous l’espérons, donneront un peu plus de visibilité à l’échelle mondiale.

 »Pour nous toute crise est synonyme d’opportunités »

IDM Mag : 10% d’emplois perdus, ça fait quand même beaucoup de personnes sur le carreau… qu’est-ce qui a été fait concrètement pour eux ?

K.C : Comme je l’ai signalé, même un faible impact social, ce n’est jamais très agréable mais il faut le comparer avec ce qui se passe dans la filière au niveau mondial. Une chose est sûre pendant cette période pleine d’incertitudes, nous faisons le maximum pour que la situation ne se dégrade pas.

Ce que nous avons pu faire pour une partie du personnel ayant malheureusement perdu leur emploi, c’est un programme de formation au sein de l’IMA – Institut des Métiers de l’Aéronautique- pour apporter une qualification nouvelle durant cette période, le temps que l’activité reprenne.  Il s’agit de renforcement des compétences techniques, mais aussi l’intégration de nouvelles qualifications en ingénierie. Nous avons besoin de garder ces compétences pour rebondir très vite lors de la reprise.

IDM Mag : Il est de plus en en question de plan de relance économique… Comment cela se passe dans votre secteur la relance ?

K.C : Le Plan de relance dédié à l’aéronautique a été élaboré par le GIMAS en collaboration avec l’ensemble de ses membres industriels, notre ministère de tutelle (Ministère de l’industrie, du Commerce et de l’Economie Verte et Numérique) et la CGEM. Ce plan consiste prioritairement à sauvegarder les emplois et préserver les acquis de 20 ans de succès industriel dans un domaine hautement technologique.

Nous abordons la relance avec l’idée que toute crise pour nous est synonyme d’opportunités à saisir pour nous préparer à la phase de croissance qui succédera à la crise.

‘‘2021 sera donc pour nous l’occasion rêvée de démontrer notre capacité de résilience’’

Ce plan vise à orienter plus fortement nos activités et notre stratégie vers de nouveaux métiers en mettant un accent particulier sur les technologies avancées de l’industrie 4.0, sur l’innovation et la R&D et, surtout,  vers de nouveaux marchés. Et nous avons également un intérêt soutenu pour le digital. En effet la transformation digitale dans les process de nos industriels reste un axe majeur vu que la digitalisation est une brique importante de l’industrie 4.0.

IDM Mag : Comment imaginez-vous l’année 2021 ?

K.C : Nous commençons à avoir quelques signes positifs pour une reprise plus rapide que celle annoncée initialement en 2024 et 2025.

2021 sera une année du début des mutations car il est évident que les cartes de la chaîne de valeur mondialisée de l’aéronautique seront redistribuées différemment.

2021 sera donc pour nous l’occasion rêvée de démontrer notre capacité de résilience comparativement aux autres pays concurrents. Pour cela nous allons travailler à attirer les capacités excentrées en Asie pour une relocalisation au Maroc, au plus près des constructeurs et équipementiers européens.

Cela est un enjeu majeur de la transition écologique et de la décarbonation de la production. A ce sujet d’ailleurs nous avons un projet à l’étude qui permettra, à terme, de booster d’avantage notre industrie aéronautique et, bien plus, tous  les autres secteurs exportateurs du Maroc.  Nous poursuivrons nos efforts pour œuvrer à la création de nouvelles entités aéronautiques et intéresser les investisseurs marocains à notre secteur. C’est un travail qui s’inscrit dans la durée. Pour y aboutir nous travaillons en tandem avec nos partenaires de l’État qui ont une oreille attentive à nos doléances, et à ce titre, je les en remercie au nom de tous les industriels du GIMAS. Notre objectif commun est de reprendre rapidement et de sortir gagnant de cette crise.

Entretien réalisé par NGY

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