Panel 1 : Renouveau de l’industrie marocaine à travers la transformation digitale et les nouvelles technologies, entre utopie et réalité

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Saloua Karkri BELKEZIZ, Présidente de l’APEBI : “Au sein de l’APEBI, nous travaillons énormément avec notre ministère de tutelle dans le cadre d’un travail de proximité, et depuis quelques années on a ensemble tracé la stratégie Maroc digital 2020. Celle-ci n’est pas encore opérationnelle à 100% mais c’est tout à fait normal, car Il faut savoir que c’est la première fois que la Maroc dispose d’une agence du Digital. Donc il faut être fier de notre pays. Concernant la thématique de cette journée, je vais m’adresser aux entreprises Marocaines et leur expliquer comment nous pouvons les accompagner dans leur transformation digitale. Quand je dis nous, je fais allusion aux membres de l’APEBI, qui sont au nombre d’à peu près 150.
La promesse de l’industrie 4.0 pour nos entreprises consiste en deux choses : l’usine 4.0, il est donc question de comment optimiser, automatiser la production, relayer la commande client à des unités de production, aux partenaires logistiques et tout ce qui s’en suit. Et la promesse numéro deux, c’est tout ce qui est lié au service 4.0.
Il faut aussi rappeler que l’enjeu est de générer de nouveaux revenus pour vos entreprises. Ainsi, il faut mettre le curseur sur la stratégie et définir le « roadmap stratégique » pour l’industrie 4.0. Deuxième des choses c’est la conception ou comment intégrer les besoins clients à tous les stades du cycle de vie du produit. Troisièmement, vient tout ce qui est commercial et marketing.
En ce qui concerne le volet RH, il faut se poser la question de savoir comment former les équipes à la transformation digitale ? Par rapport aux services, on se demandera comment faires des services liés à la numérisation un avantage qui est concurrentiel ? Puisqu’on on ne fait pas du numérique pour faire du numérique, mais pour devenir plus compétitifs.
Et finalement comment financer ma transformation numérique ? Et la justement, il existe des lignes de financement mises en place par l’Etat pour accompagner les entreprises dans leurs transformation digitale, par le biais de Maroc PME notamment, ainsi que de l’accompagnement…
Dans ce sens, le rôle des pouvoirs publics est très important ! Quand je vois ce qui a été présenté par Mr EL FERDAOUS, avec les priorités de la charte de l’investissement qui sont l’industrie 4 .0, nous sommes rassurés par rapport à cette prise de conscience et par rapport aux moyens qui vont être mis en place.
Par ailleurs, je veux insister sur le fait de devoir mettre l’humain au cœur de votre transformation, lui apporter les moyens pour travailler plus efficacement de manière plus qualitative tout en lui donnant l’opportunité de faire évoluer ses activités et sa fonction au sein de l’entreprise. Il faut aussi que chacun soit conscient la technologie n’est pas là pour remplacer, mais c’est pour nous permettre justement d’évoluer vers plus de valeur ajoutée. Je termine par saluer la présence du Président de la fédération de l’aéronautique et je pense qu’ensemble, on peut réaliser des choses importantes au niveau de ce secteur.”

Khouloud ABEJJA, Directrice Générale par intérim de l’ADD : “Mon intervention va porter sur le rôle de l’agence de développement digitale, en l’occurrence l’accompagnement des industriels dans leur digitalisation. L’agence a été créée depuis la fin de l’année dernière pour l’exécution du plan « Maroc Digital ». Dans le cadre de cette stratégie, il y’a trois axes : l’administration, le secteur privé et les citoyens.
Dans ce sens, nous avons déjà adopté plusieurs chantiers qui sont des déclinaisons de la stratégie « Maroc digital » au nombre total de 14 au total et parmi lesquels la Smartfactory, la Génération digitale et le Digital PME.
La Smartfactory consiste à inculquer et accompagner les industriels pour intégrer les nouvelles technologies. On envisage un projet qui aura pour objectif la mise en place d’une petite usine sans papier, digitalisée et qui utilise les dernières technologies à savoir l’impression 3D, la robotique, la réalité augmenté et l’IOT… Donc il s’agit d’une vraie usine qui fonctionne quotidiennement avec des lignes de production. Les lignes de production seront arrêtées une fois que l’enquête lancée par le Secrétaire d’Etat sera finalisée et ce en fonction des secteurs qui vont ressortir comme les plus prêts pour intégrer cette usine.
L’objectif de cette usine c’est bien évidement un moyen pour accompagner les industriels qu’il faut impérativement former à ses nouveaux métiers. Il est aussi prévu de faire des partenariat avec les écoles d’ingénierie notamment pour des formations pratiques, complémentaires au cursus d’ingénieur qui se fassent au sein de l’usine .Le deuxième objectif de l’usine modèle c’est d’encourager l’entreprenariat innovant dans l’industrie 4.0 ce qui revient à encourager les startups parce que les solutions qui seront implantés au sein de l’usine doivent être actualisées fréquemment et donc il y’aura des appels à projets pour que des startups puissent proposer des solutions qui peuvent intégrer l’usine
Et le dernier point il faut ajouter, c’est que cette usine pourra aussi faire de l’assistance. En fait sur la partie industrie 4.0, il y’aura des personnes pour accompagner les industriels, dresser un diagnostic de la préparation de l’entreprise et l’accompagner pour intégrer quelques solutions présentes au sein de cette Smartfactory.
Le deuxième chantier qui concerne la génération digitale, étant donné que le levier de la formation est primordial pour accompagner la stratégie Maroc digital. Il sera tout d’abord question de bien identifier les besoins en formation de ces métiers d’avenir en l’occurrence les partenariats avec le secteur privé et avec les institutions d’enseignement supérieur, professionnel pour actualiser les cursus afin d’intégrer tous ces nouveaux métiers et augmenter le nombre de personnes formées. Car lorsqu’on parle de fuite de cerveaux, c’est un indicateur d’attractivité des talents Marocains. Il faut donc former plus de personnes comme ça même si des personnes décident de partir, il y’aura suffisamment de talents aussi pour les entreprises nationales. Il s’agit également de créer des réseaux, pour que les marocains de l’étranger qui sont dans le domaine puissent contribuer à des projets qui ont un impact dans leurs pays d’origine. Enfin, par rapport au digital PME, le projet vient en continuité à un projet qui avait déjà été mis en place au niveau de Maroc PME dans le cas de la stratégie précédent Maroc numérique 2013 et s’adresse à toutes les PME quelque soit le secteur d’activité. L’idée maintenant c’est de mettre en place un cadre digital incitatif pour digitaliser le plus rapidement l’entreprise.”

Redouane MABCHOUR, Directeur Général ATOS ITS NEARSHORE : “Atos Maroc c’est près de 1600 collaborateurs avec 80% de nos collaborateurs qui sont des ingénieurs, des digital transformer, des business accélérateurs ingénieurs. Et notre volonté est de multiplier les effectifs par deux d’ici 4 ans. Cela illustre que nous avons un investissement fort ici au Maroc et on contribue à l’économie numérique. En ce qui concerne notre thématique, pour moi utopie et réalité renvoi à des dilemmes autour du digital qu’il faut solutionner. On a donc plusieurs questions qui émergent à savoir des questions d’étique, d’égalité et d’équité. Les organisations doivent résoudre ces dilemmes selon deux points: l’art du possible et l’art de l’acceptable.
Chez Atos, nous privilégions le facteur humain même si dans les usines on voit qu’il ya moins en moins de monde. Dans ce sens, il y a toute une réflexion sur l’IA qui détruit le nombre d’emplois mais la vraie question c’est combien elle en créé.
Nous devons nous interroger également sur l’adaptation de nos compétences aux nouvelles technologies. Donc l’humain, le client, l’employeur et le citoyen sont au cœur des stratégies numériques.
En d’autres termes, il faut dire que les défis sont liés aux dilemmes et aux décisions technologiques. Et il faut aussi dire que l’obsolescence du facteur humain a toujours été un problème mais nous devons maintenant faire face à une situation ou un système éducatif traditionnel qui forme à des compétences qui sont révolues et obsolètes. Enfin chez Atos, on a étudié le sujet et nous avons sorti un livre blanc qui illustre les différents orientations sur les différents dilemmes émanant du digital. Nous avons relevé 3 catégories : l’engagement des personnes, les modèles de gestion durables ainsi que les confiances et conformités. “

Fouad Arioua, Directeur Skatys: “Pour moi le digital c’est maintenant ! Le digital dans sa forme la plus large ou l’entreprise intelligente c’est maintenant, et nous n’avons plus le choix .Le train est en marche et il faut le prendre. Et par rapport à la question des compétences et infrastructures nécessaires à cette transformation digitale, ce sont certes des questions importantes à soulever mais tout n’est pas aussi noir qu’on le pense. Il faut mettre les moyens pour qu’on s’adapte et avoir les compétences dans l’objectif d’opérer une meilleure transformation digitale. Cependant, le digital présente beaucoup d’avantages et il faut dire qu’il est à portée de toutes les entreprises car c’est faisable, abordable et viable. On peut donner un exemple selon lequel, d’ici 2030 il n’y aura plus de clavier, de souris, tout se passera selon une interaction directe avec la machine.”

Mehdi CHERIF ALAMI, Directeur Général et co-fondateur de Freterium : “Chez Freterium, nous ne pensons pas à une transformation digitale tout azimut de l’entreprise et donc de tous les métiers et process .Pour nous il faut clairement identifier les problématiques des métiers clés et rapidement déployer des pilotes par rapport à ces problématiques. Ces pilotes doivent se faire avec des entreprises spécialisées, innovantes pour pouvoir apporter la meilleure solution à la problématique rencontrée. Nous avons observé le cas d’entreprises qui décident de développer des solutions elles-mêmes et généralement quand cela ne tourne pas au cauchemar, les solutions sont rarement à la pointe.
Par ailleurs, Freterium veut digitaliser l’activité de transport des grands donneurs d’ordre, c’est-à-dire les industriels, les acteurs des grandes distributions et les logisticiens. De ce fait, la problématique que nous avons identifié après avoir longuement échangé avec les professionnels du secteur, c’est que le transport B to B est aujourd’hui une boite noire pour les industriels. On remarque ainsi un manque de visibilité important qui nuit à la performance, la productivité des équipes et à la satisfaction client. Nous nous sommes donc posée la question de savoir pourquoi dans le Be to C on peut commander une pizza sur Jumia ou un colis sur Amazon, recevoir la confirmation de la commande , suivre le colis en temps réel et être notifié à la livraison. Par contre, pour des camions qui transportent de la marchandise qui dépendamment des secteurs a une valeur importante, nous n’avons aucune visibilité. Ceci représente un gros problème au niveau de la chaine d’approvisionnement des industriels. Imaginez-vous en tant qu’opérateur ou responsable logistique au sein d’une entreprise et vous devez expédier des dizaines de milliers de produits au quotidien vers des centaines de lieux sur tout le territoire. Et tout cela grâce à un téléphone et un fichier Excel ! 99% des responsables logistique travaillent actuellement de cette manière, mais au delà de l’organisation il faut s’assurer que le camion que vous avez commandé est bien arrivé, qu’il a bien chargé la marchandise, qu’il l’a livré à l’heure et que la marchandise n’est pas endommagée. Et tout ça se fait manuellement.
Ainsi compte tenu des marchés dans lequel nous opérons, nous avons fait en sorte de développer une plateforme simple malgré toute la complexité qu’il y a derrière pour que tout le monde puisse prendre en main ces solutions très rapidement.”

Mouhssine LAKHDISSI, Phd.International consultant, Digital Expert, Entrepreneur ,Professor : “En tant qu’enseignant ayant fait de la recherche sur des domaines comme l’intelligence artificielle et le big data, mais aussi en tant que fondateur de plusieurs startups dans le domaine du digital pour l’agriculture, pour l’agro-industriel et également pour le Marketing, j’ai constaté que le digital c’est une opportunité extraordinaire pour le pays parce qu’on a une population de jeunes et que notre vraie richesse c’est cette jeunesse.
Pour définir l’industrie digitale, l’entreprise digitale ou une entreprise qui est dans l’industrie 4.0, celle-ci se caractérise par 4 principales caractéristiques : elle doit être connectée, elle utilise des objets connectés, elle génère de l’information à travers cette connectivité, et elle est mobile aussi bien pour ses collaborateurs que pour ses clients, ses fournisseurs, que pour tous son écosystème.
Deuxième caractéristique d’une entreprise digitale dans l’industrie 4.0, c’est d’être agile. Ce quoi veut dire qu’elle réagit rapidement, plus vite mais également bien. Mais il faut dire qu’on ne peut pas être agile et être dans la solution de demain si on est avec les mindset du passé. Agile sa veut dire également qu’elle doit avoir cette capacité à changer, se transformer et à se réinventer.
Troisième caractéristique, c’est qu’elle doit être collaborative et sociale. Cela veut dire que l’entreprise doit voir tout son écosystème et doit être dans une logique d’entreprise étendue, en pensant aux collaborateurs, aux clients ,mais également aux clients des clients et aux clients des fournisseurs .
Enfin, l’entreprise dot être Intelligente. En d’autres termes elle doit générer des données. On ne peut pas développer de l’intelligence si on n’a pas la capacité de générer de la donnée, c’est crucial pour une entreprise qui veut être dans l’ère du digitale. Et c’est cette génération de la donnée qui va permettre de construire l’intelligence artificielle au travers des algorithmes. Aujourd’hui les acteurs qui se positionnent, les acteurs qui sont en tête de file dans le domaine de la technologie disposent du maximum de donnée. Et cette question de données nous ramène à une question très importante qui est celle de la souveraineté sur la donnée. Les politiques publics doivent se pencher sur ce sujet, parce que nos données sont chez les grands acteurs, qui peuvent nous concurrencer, nous en priver ou influencer nos actions économiques.
Alors au delà de ces 4 caractéristiques il faut noter que dans la digitalisation, on peut digitaliser d’abord les process, ensuite on peut digitaliser l’organisation, l’expérience client, fournisseurs, on peut enfin digitaliser les produits et les services.
Pour conclure, et pour répondre à la question du panel de savoir si cette transformation digitale est une utopie ou une réalité, je dirais que d’abord il faut avoir le droit au rêve. Parmi les choses qui nous manquent dans notre pays, c’est le droit de rêver, de penser un Maroc meilleur, du droit à l’espoir. Oui il y a des défis qui sont là, il faut les admettre et les reconnaitre mais il faut également construire dessus.
Le plus important au vue de cette transformation, c’est d’abord un changement de « mindset », au delà donc des compétences, qu’on peut avoir et développer. Il faut être dans une logique d’agilité, donner la possibilité et le potentiel aux jeunes parce qu’on ne peut pas aborder un monde digital sans les jeunes. Et après il y a un ensemble d’éléments de coordination, de collaboration, de travail ensemble en tant qu’acteurs public, privé, acteurs de l’écosystème et acteur associatifs.”

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