[Panel 3] : Transition énergétique inclusive, vers un développement territorial équilibré

Le Forum International des Énergies a poursuivi ses débats avec un troisième panel consacré à la transition énergétique inclusive, un enjeu clé pour assurer un développement territorial harmonieux et durable. La discussion a réuni Firdaous El Ghazi, Chef de Division Développement Durable et Qualité à l’ONHYM, et Soufiane Hajjani, CEO de Share Energy Partners. Ensemble, ils ont exploré les retombées des projets énergétiques sur l’inclusion sociale, la création d’emplois et l’égalité territoriale.

Dès l’entame du débat, Firdaous El Ghazi a mis en avant le gazoduc africain Atlantique Nigeria-Maroc comme un exemple phare de l’intégration territoriale. Ce projet d’envergure, initié sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI et de l’ancien président nigérian Muhammadu Buhari, vise à connecter 13 pays le long de la façade atlantique de l’Afrique de l’Ouest, ainsi que trois pays enclavés, le Mali, le Niger et le Burkina Faso.

« Ce projet dépasse largement la simple dimension de transport de gaz. Il représente une impulsion économique et industrielle, favorisant l’intégration régionale et renforçant la place du Maroc comme hub stratégique entre l’Afrique et l’Europe. », a-t-elle déclaré.

Ce tracé, qui traverse huit régions du Royaume, ne se limite pas à un simple corridor énergétique. Il a vocation à stimuler les infrastructures locales, favoriser les investissements et améliorer l’accès à l’énergie, un levier essentiel pour développer les territoires les moins industrialisés.

De son côté, Soufiane Hajjani a insisté sur l’importance de la territorialisation des projets d’énergies renouvelables, citant en exemple Noor Ouarzazate et Noor Midelt. Ces centrales solaires, implantées dans des zones à faible activité économique, ont eu un impact direct sur le développement régional.

« Ces projets permettent non seulement d’exploiter les meilleures ressources en énergies renouvelables, mais aussi d’attirer des investissements et d’améliorer les infrastructures. »

Un impact socio-économique mesurable

L’un des aspects clés abordés lors de ce panel concerne les retombées socio-économiques des projets énergétiques, notamment en termes de création d’emplois durables. Firdaous El Ghazi a détaillé les études menées dans le cadre du gazoduc Nigeria-Maroc, notamment les Évaluations d’Impact Environnemental et Social (ESIA) et le Land Acquisition and Resettlement Policy Framework (LARPF).

« Plus de 600 millions d’habitants en Afrique de l’Ouest n’ont pas accès à l’électricité. Ce projet permettrait de transformer radicalement l’économie locale en apportant une énergie stable, tout en générant des milliers d’emplois directs et indirects. »

Soufiane Hajjani a ajouté que la construction et l’exploitation des infrastructures énergétiques requièrent une main-d’œuvre locale, favorisant ainsi l’intégration des populations dans l’économie verte.

« Le complexe Noor-Ouarzazate est un parfait exemple. Il a permis l’émergence d’une dynamique régionale avec la construction d’infrastructures, d’universités et d’hôpitaux, améliorant la qualité de vie des habitants. »

L’intégration industrielle locale est également un facteur clé. À titre d’exemple, le projet Noor-Ouarzazate affichait un taux d’intégration locale de 35%, avec des emplois et services générés directement dans la région.

Gouvernance et cadre législatif, un enjeu central

Le rôle de l’État et des autorités locales dans la planification et la mise en œuvre des projets énergétiques a également été largement débattu. Firdaous El Ghazi a détaillé la gouvernance du projet de gazoduc Nigeria-Maroc, soulignant la collaboration avec la National Nigerian Petroleum Company (NNPC) et les accords intergouvernementaux (IGEA) en cours de signature avec les États partenaires.

« Nous avons défini une gouvernance claire dès le départ, impliquant tous les pays traversés. Le projet bénéficie d’un soutien institutionnel fort, tant au niveau national qu’international. »

Du côté des énergies renouvelables, Soufiane Hajjani a insisté sur l’importance de la décentralisation énergétique, notamment grâce à l’application de la loi 13-09. Un décret en préparation pourrait permettre une ouverture accrue du marché, passant de 10% à 45% de la consommation nationale couverte par des projets privés.

« Cela représenterait une véritable révolution pour les industriels marocains qui doivent se décarboner pour rester compétitifs sur le marché européen. »

L’un des défis reste cependant le cadre législatif, qui doit être clarifié et assoupli afin d’encourager les investissements privés dans l’énergie propre. L’État ne pouvant assumer seul le financement des infrastructures énergétiques, le partenariat public-privé s’impose comme une solution incontournable.

« Le solaire et l’éolien sont déjà compétitifs et n’ont pas besoin de subventions. Ce qu’il faut, c’est un cadre juridique stable et incitatif pour attirer les investisseurs. »

Vers un corridor énergétique multi-usages

Firdaous El Ghazi a conclu la discussion en dévoilant une évolution majeure du projet de gazoduc, qui intégrera également le transport de l’hydrogène vert. L’ONHYM travaille sur un corridor énergétique permettant non seulement l’acheminement du gaz naturel, mais aussi le développement d’infrastructures dédiées à l’hydrogène vert.

« Ce projet a été conçu avec une vision d’avenir. Il permettra à terme de transporter de l’hydrogène, renforçant ainsi la position du Maroc comme leader de la transition énergétique en Afrique. »

L’agilité du Maroc dans l’adaptation de ses infrastructures aux nouvelles tendances énergétiques illustre la vision stratégique du Royaume en matière de développement durable.

Une transition énergétique au service du territoire

Ce panel a démontré que la transition énergétique inclusive est un levier puissant de développement territorial. Que ce soit à travers les projets d’énergies renouvelables ou les infrastructures gazières, le Maroc affiche une volonté forte d’intégration régionale et de répartition équilibrée des ressources.

Entre création d’emplois, attractivité industrielle et amélioration des infrastructures, l’essor de ces projets démontre que la transition énergétique va bien au-delà d’une simple question environnementale. C’est un moteur de croissance durable, ancré dans une vision à long terme du développement territorial.

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