Interview Yasmine Benamour, Administratrice directrice générale de HEM

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Vous venez d’être nommée, début avril, PDG de Dauphine Casablanca. Dans quel cadre vient cette nomination ? Et-ce à la suite du partenariat signé avec votre Groupe HEM ?

Oui tout à fait. Le partenariat de HEM avec l’Université Paris Dauphine remonte à 1992. Nous proposons d’ailleurs, depuis 2000, le « MBA International Paris » de Dauphine – IAE de Paris en double diplomation avec le « MBA Management général » de HEM. Nous développons aujourd’hui notre coopération sur 2 plans : en signant un partenariat académique global avec Paris Dauphine. La collaboration porte sur les échanges d’étudiants, les échanges de professeurs et d’expertise, des projets de recherche communs, des programmes et doubles-diplomations à mettre en œuvre, etc. Nous mettons également en place un partenariat stratégique avec Dauphine Casablanca, Campus de l’Université Paris Dauphine au Maroc. HEM en a racheté 50% des parts. La gouvernance locale a été confiée à HEM et la Direction pédagogique à Paris Dauphine puisque les diplômes délivrés sont des diplômes de Paris Dauphine. Ce renforcement de partenariat permettra de nouvelles synergies au plan pédagogique, organisationnel et des infrastructures.

En parlant des universités et écoles supérieures de renom qui s’installent au Maroc, pourriez-vous nous clarifier l’enjeu et la valeur ajoutée de ces établissements dans la formation des futurs cadres du pays ?

Je pourrai vous parler de Dauphine que je connais bien. L’Université Paris Dauphine a toujours été très connue, pour ses 3es cycles notamment vraiment très prisés. C’est la raison pour laquelle Dauphine Casablanca se focalise aujourd’hui sur des formations de niveau Master. N’oublions pas également que Dauphine est une université pluridisciplinaire. Les formations proposées ne sont donc pas forcément focalisées que sur la gestion mais sur les Sciences des organisations et de la décision en général qui sont ses domaines phares. Avec l’offre de formation initiale proposée à la rentrée 2018 – Master Management international de l’Université Paris-Dauphine ; Parcours international – et son offre de formation continue, le campus marocain de Dauphine contribuera à la formation des jeunes et des cadres marocains de demain au management des organisations évoluant dans des économies de plus en plus globalisées. Notons également que dans la continuité du développement de Dauphine à Tunis en 2009, ce nouveau partenariat réaffirme la forte volonté de Dauphine de renforcer ses actions et ses liens avec le continent africain.

Certains observateurs, dont des universitaires marocains, revendiquent la réforme et la consolidation des universités et écoles supérieures marocaines (publique et/ou privée) au lieu d’encourager l’implantation des établissements étrangers. Qu’en pensez-vous ?

L’un n’empêche pas l‘autre. La consolidation d’établissements apporte de la valeur ajoutée, crée des synergies et octroie davantage de visibilité. L’implantation d’établissements étrangers est également intéressante dans le sens où elle élargit l’offre d’éducation ; la seule condition est que tout cela se fasse dans un environnement équitable, avec des conditions de concurrence saine et loyale, ce qui n’est malheureusement pas toujours le cas…

Parlez-nous des accréditations des filières qui suscitent le débat depuis quelque temps. Ne voyez-vous pas qu’il y a certains points à revoir dans les critères et les mécanismes de validation réciproque des programmes d’études et de leur accréditation ?

Rappelons qu’au niveau juridique, il trois stades : il y a tout d’abord l’autorisation d’exercer pour un établissement, puis l’accréditation de ses filières (qui doit, en principe, permettre aux titulaires des diplômes de ces filières accréditées d’obtenir l’équivalence, ce qui n’est toujours pas le cas aujourd’hui pour bon nombre d’établissements) et puis, enfin, il y a la reconnaissance de l’établissement dans son ensemble qui permet automatiquement à ses lauréats de pouvoir postuler à la fonction publique ou de continuer leurs études dans un établissement public. Les cahiers de charges afférents à tout cela, même s’ils sont pour moi à ce jour trop quantitatifs et pas assez qualitatifs, permettent d’avoir un certain niveau de contrôle nécessaire. Le ministère est d’ailleurs actuellement ouvert à leur revue, ce qui est une bonne chose.

Et la promotion de la recherche scientifique et l’encouragement de l’excellence ?

La recherche est effectivement un point fondamental. HEM a été la première institution supérieure privée au Maroc à avoir créé son propre centre de recherche le Cesem, et ce, en 2007. En 2017, le Cesem devient Economia, HEM Research Center. Il s’agit d’un centre pluridisciplinaire (social, économique et managérial) de recherche appliquée, créateur de sens et de valeur ajoutée, avec les organisations, les acteurs économiques et sociétaux, ainsi que les étudiants. En se dotant d’une plateforme Internet, www.economia.ma, et en publiant régulièrement des dossiers dans sa E-revue et sa version annuelle en format papier, Economia, HEM Research Center défend une conception open source de la recherche et cherche à servir de carrefour pour connecter des chercheurs en management et économie et en sciences sociales.

Dans certains pays développés, entre l’entreprise et l’établissement d’enseignement scolaire, la solidarité et l’entraide financière a contribué à l’amélioration du niveau d’enseignement. Avons-nous ce type de pacte entre patronat et établissements d’enseignement supérieur ?

HEM dispose d’une cinquantaine de partenariats avec de grandes entreprises nationales et multinationales. Ces derniers incluent plutôt des éléments pédagogiques (participation à des jurys, réunions autour de l’amélioration de nos programmes académiques…) et des éléments liés à l’emploi (offres d’emplois, offres de stages, participation à notre forum de recrutement…). Les éléments liés aux aides financières pour les étudiants sont, quant à eux, logés dans la Fondation HEM dont l’un des objectifs est d’octroyer des bourses à des étudiants nécessiteux et méritants.

Le financement des études supérieures pose plusieurs questions. Qu’en pensez-vous ? Et quelles sont les solutions pratiques que vous proposez à appliquer ou ne serait-ce qu’à débattre pour y extraire des résolutions efficaces ?

La Charte de l’Education prévoyait en 2000, à ce sujet, une défiscalisation pour les parents qui mettent leurs enfants dans le privé. Ce qui n’a jamais été mis en œuvre. Or cela aiderait beaucoup les familles. Il faudrait également disposer au Maroc d’un crédit-études adapté, car celui qui existe actuellement est non seulement trop cher mais également trop contraignant, notamment en termes d’exigence de garanties.

Enfin, un dernier mot ?

Je rappellerai simplement que HEM fête ses 30 ans cette année. Les perspectives de notre Groupe sont nombreuses. Outre ses projets avec Dauphine que j’ai évoqués plus haut, nous comptons ouvrir un Programme Grande Ecole en ingénierie à la rentrée 2019. Fidèle à son état d’esprit, HEM souhaite donner à son cursus ingénierie une grande dimension managériale et de culture générale, incluant également une partie importante de développement personnel de l’étudiant et de travail des soft skills et de communication. Notre modèle pédagogique, dans son ensemble, conservera naturellement ses fondamentaux (valeurs fortes, sens de l’éthique, sérieux, ouverture à l’international, partenariats avec les meilleurs, recherche, etc.), en répondant au mieux aux besoins de l’entreprise et en tendant toujours davantage vers l’excellence, tout cela en collaboration avec notre partenaire institutionnel IFC – Banque Mondiale.

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