WMF : le Davos des matériaux alerte sur une pénurie compromettante pour la transition énergétique

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WMF a mis en relief la criticité des matériaux
Vue de l'un des panels du World Material Forum 2022

Le dernier World Materials Forum (WMF) a mis en garde contre une pénurie de matériaux indispensables à la transition énergétique. Ce qui fait planer un gros doute sur la neutralité carbone envisagée ci et là dans le monde.

La 8ème édition du World Materials Forum (WMF) s’est déroulée du 17 au 19 juin dernier en France. Durant trois jours, ce “Davos des matériaux“ a mobilisé environ 200 industriels, économistes et chercheurs, venus échanger sur les enjeux des matériaux. Et des différentes analyses faites, l’on observe une demande explosive des matériaux nécessaire à la transition énergétique.

Croissance historique de la demande

En effet, les participants à cette édition ont analysé les tensions critiques entre offre et demande des matériaux. Pour Philippe Varin, organisateur du WMF, les infrastructures nécessaires à la transition écologique vont conduire à « extraire de la planète durant les trente prochaines années autant que depuis le début de l’humanité ». À l’en croire, la demande en nickel va tripler dans les dix prochaines années. Celle du lithium ou des terres rares sera multipliée par quatre. « C’est une augmentation jamais vue dans le passé, précise Philippe Varin qui poursuit en disant, produire une voiture électrique va consommer six fois plus de matière qu’une voiture thermique ».

WMF Alerte sur 16 matériaux

Face à cette pression sans précédent, « des goulets d’étranglement sur certaines matières » sont prévisibles, alarment les experts. En effet, l’évaluation annuelle délivrée par McKinsey, BGRM et CRU indique une criticité élevée des matières indispensables pour l’industrie. De plus l’étude d’impact environnemental de la production des matières premières, effectuée dans le cadre du WMF, met le curseur sur 16 éléments du tableau de Mendeleïev, dont le niveau de criticité est au rouge. C’est le cas du cuivre, du nickel, l’étain, le tungstène, et le cobalt. À cette liste s’ajoutent des éléments de terres rares comme le néodyme, le praséodyme et le dysprosium.

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Une transition au prix fort

Un autre fait qui est revenu dans les tours de table du WMF, c’est la hausse de l’empreinte carbone. C’est du moins ce que laissent présager certaines technologies comme le procédé de production de métal du groupe chinois Tsingshan à partir de fonte de nickel. Cela soulève le débat de la délocalisation du coût écologique de la transition énergétique vers d’autres pays. Pour contrer cette tendance, Robert Friedland, le PDG d’Ivanhoe mines, avait proposé lors de l’édition passée du WMF, des primes sur le prix des matières pouvant se prévaloir de critères Environnementaux sociaux et de gouvernance (ESG). « Cela existe déjà pour l’aluminium. La meilleure qualité de minerai sera celle qui rejette le moins de C02. » Sur cet aspect, la notion d’Eco-design, avancée par Philippe Varin, visant à faciliter le recyclage est également à mentionner.

En clair, ce WMF a permis de souligner la dépendance de la transition énergétique à la disponibilité des matériaux. Et de comprendre également que le zéro carbone ne sera pas neutre en impact environnemental.

                                                                                                  Gethème Yao

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