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La fin de l’année 2014 s’est avérée providentielle pour le gouvernement marocain.
Plus de 2.3 MMdhs d’impôts sur les avoirs à l’étranger de Marocains, un baril de pétrole en dessous des 50 USD, une campagne agricole qui s’annonce sous de bons hospices, une décompensation complète des produits carburants liquides et un taux de croissance revu à la hausse à plus de 5%, ce qu’on n’avait plus vu depuis des années.
Que de bonnes nouvelles qui permettent de dégager des marges de manœuvre budgétaires sur lesquelles on ne comptait pas!
Mais devant tous les chantiers qui restent ouverts, tels la décompensation des autres produits subventionnés, la réduction de l’endettement et la réforme des caisses de retraites pour ne citer que ceux-là, sur quoi devons-nous nous baser pour décider du meilleur usage de ces marges de manœuvre? La question n’est pas fortuite et les réponses à y apporter ne sont pas évidentes et risquent de conditionner la nature de la croissance sur laquelle nous nous engageons dans les quelques années à venir.
Nul doute que l’investissement public qui reste le principal moteur de plusieurs secteurs économiques doit être renforcé car c’est ce qui nourrit l’économie d’aujourd’hui.

Mais quid de l’économie de demain ?

Tous les pays, y compris ceux dont l’économie repose sur des richesses souterraines, utilisent une partie de leurs revenus pour investir dans la seule richesse véritablement renouvelable : les ressources humaines et leur capacité à créer une économie du savoir.
S’il existe des dynamiques qui permettent d’apporter des solutions à plusieurs problèmes à la fois, c’est bien le cas de l’innovation.
Un terme galvaudé à tout bout de champs dans nos discours politiques mais qui reste souvent prisonnier des entraves administratives dont on ne finit plus de découvrir les méandres.
Mais il est bien vrai que si l’on réussit à faire émerger une nouvelle classe de produits et d’entreprises innovantes, on réduit le chômage des jeunes diplômés, classe la plus touchée, on réduit le déficit de la balance commerciale par la réduction d’importations et l’augmentation d’exportations technologiques, on accroît notre attractivité des investissements directs étrangers, on offre à nos entreprises exportatrices en particulier vers l’Afrique un avantage compétitif certain, on améliore les rentrées fiscales de l’Etat et on ancre la recherche universitaire aux vrai défis économiques du pays.
Utiliser une partie des marges de manœuvre que cette embellie économique temporaire nous apporte pour ensemencer la dynamique de l’innovation, base de l’économie du savoir de demain, est une évidence, même si nous n’en serions pas à notre premier essai.
Il est important donc de tirer les leçons de nos expériences récentes afin d’éviter de reproduire des politiques qui bien que bienveillantes n’ont pas permis d’initier le cercle vertueux de l’innovation dans le pays.
Laissons à part le côté folklorique de l’innovation qui fait les choux gras de la presse, et versons toute notre attention et nos efforts dans la mise en place d’une innovation systémique capable de sortir des produits innovants de manière prédictible et récurrente.
Beaucoup au Maroc ont développé une réaction passionnelle ces dernières années aux indices et classements internationaux, une passion qui nourrit régulièrement les colonnes de la presse.
S’ils ont leurs limitations, ces classements permettent néanmoins de relever certains dysfonctionnements qu’il serait plus utile d’adresser au lieu de dépenser nos énergies à tenter de décrédibiliser le classement.
C’est le cas également de l’innovation ou le Maroc faire piètre figure dans le classement « BCG International Innovation Index » dont une simple analyse fait ressortir une bien plus grande insuffisance sur les produits de l’innovation (Innovation Outputs) que dans l’investissement que nous y apportons (Innovation Inputs).

La raison en est toute simple :

les déperditions dans le système de mesures d’accompagnement de l’innovation font que leur effet sur le terrain est très faible.
A partir de ce constat, les leçons à tirer de nos premières tentatives de soutien à l’innovation sont assez évidentes: sans investissement public dans l’innovation, notre économie restera largement consommatrice de technologie.
Le soutien de l’Etat est une condition sine qua non, cependant sa gestion directe des mesures d’accompagnement est au mieux inefficace.
Si les programmes de financement direct des projets et produits innovants peuvent rapidement produire des fruits, leur résultat à plus moyen terme est très incertain. Une commande publique tournée vers les produits et entreprises innovantes nationales assurerait une bien meilleure orientation de l’effort d’innovation à répondre au besoin du marché, somme toute un « Small Business Act » en caftan marocain !
L’innovation est par essence un processus dont la mortalité est importante, mais pour les pays aux ressources naturelles limitées il n’existe pas vraiment d’alternatives.
Si nous n’y investissons pas aujourd’hui où les marges budgétaires nous le permettent, alors quand ?.

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