Extrait du discours de Moulay Hafid Elalamy, ministre de l’Industrie, de l’Investissement, du Commerce et de l’Économie numérique

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«Madame la ministre, monsieur le Secrétaire d’Etat, madame l’ambassadeur, Mesdames et messieurs, chers amis, vous imaginez le plaisir que j’ai à chaque fois de vous retrouver dans cette belle ville de Casablanca, un des poumons industriels du Royaume et de retrouver des visages bien connus qui m’ont manqué. On m’a invité aujourd’hui pour parler du Plan d’accélération industrielle 2014-2020. Ce plan, qui a été présenté en 2014 à Sa Majesté et l’ensemble des opérateurs concernés, a succédé à une série de plans structurés dans le monde de l’industrie (Émergence et bien d’autres) qui ont chacun apporté sa contribution. La démarche proposée a été une étude de l’état des lieux et j’avais constaté qu’une des forces du Royaume, qui revenait comme un refrain par tous les opérateurs, en particulier internationaux, est la stabilité et la sécurité de notre pays. Notre position géographique est un véritable capital matériel fort et la jeunesse de notre pays est aussi un patrimoine important.

Nos faiblesses sont parfois la formation en ressources humaines, qu’on nous a souvent reprochée, donc il fallait s’attaquer à ce sujet là, et la faiblesse de certains secteurs qui ont perdu de la vigueur. Le risque qui m’apparaissait dans le domaine industriel et qui me gênait le plus, non selon une étude mais selon une analyse personnelle d’un citoyen comme vous, était une espèce de perte de confiance en soi. On se positionnait au fil des années comme concurrent de pays ou d’économies bien plus compétitives que nous, plus fortes, plus innovantes (la Chine y a joué un rôle important), et nous avons souvent perdu confiance. Puis il y avait des attraits de secteurs qui parfois étaient
plus agréables comme l’immobilier, la bourse, l’immobilier dans la bourse, etc.
Cela ne veut pas dire que ce sont des secteurs auxquels il faut tourner le dos, mais ce ne sont pas les seuls secteurs.

Donc en effet le gain facile a peut être entrainé des gens à se demander pourquoi ils allaient s’engouffrer dans un secteur industriel avec ses syndicats…donc nous nous sommes retrouvés dans un environnement en quelques sortes tétanisé.
En ce qui concerne les opportunités, les opérateurs internationaux affluents au
Maroc en cherchant de la compétitivité, et cette espèce de tectonique des plaques
qui a commencé à s’opérer il y a quelques années de changement stratégique
de certains pays comme la Chine, qui a décidé de changer son modèle
économique en passant de l’usine du monde à un nouveau modèle qui est l’usine du monde plus autre chose: le premier consommateur mondial. Et pour être le premier consommateur mondial, la Chine a décidé de lâcher le salaire minimum qui est passé de 100 dollars à 700 dollars en 5 ans, avec une perspective d’arriver à 1.500 dollars dans
les prochaines années. C’est vous dire que l’environnement que j’ai trouvé était celui-ci : quelques opportunités un peu tétanisées.

L’autre élément porte sur la question des enjeux de notre pays. Les enjeux de notre pays sont très simples : l’enjeu numéro un est la création d’emploi et pas que pour notre pays mais pour l’ensemble des pays. Lorsqu’on regarde l’avenir du
Maroc sur les 10 prochaines années, en repositionnant le curseur en 2014, il y
a un besoin d’un million trois cent mille nouveaux emplois. Et je me suis posé la
question de savoir quels sont les secteurs capables d’être une nouvelle locomotive
de création d’emploi. L’immobilier a créé beaucoup d’emplois et est à maturité,
le tourisme aussi, l’agriculture avec la mécanisation n’est pas productrice
d’emploi et donc il faut que tout le monde s’y mette. Et je me suis dit : je suis mal tombé au département qui est l’industrie, j’imagine qu’il va falloir qu’il
contribue à cela. Donc on a regardé ce que nous pouvions faire, on a tiré cela
dans tous les sens et on est arrivés à un chiffre magique de 500.000 emplois
à créer de 2014 à 2020. Souvenez vous, les gens m’ont traité de fou parce
qu’au cours des 10 années précédentes le Maroc avait créé seulement 75.000
emplois dans le secteur industriel et on disait que dans les 7 années à venir
on allait créer 500.000 emplois. On a aussi remarqué que les pays émergents passent par une étape de participation au PIB de l’industrie qui atteint un sommet
de 23 à 24% pour redescendre lorsque les secteurs des services reprennent le dessus, mais il faut passer par cette étape. Nous étions à 14%, donc on a décrété qu’on allait mettre en place tout ce qu’il fallait et déployer notre énergie pour atteindre les 23%. Dernier point des objectifs du Plan d’accélération industrielle, c’est de voir que notre
balance commerciale piquait du nez parce qu’on importait plus qu’on exportait, on produisait de moins en moins, de façon relative évidemment à notre capacité de consommation.

Dans le secteur industriel, nous avons pas mal de défis qui se présentent à
nous dans les prochaines années: – L’un des premiers est de dépasser nos objectifs. Nous avons des objectifs ambitieux. Ce n’est pas parce que l’automobile va les dépasser qu’on va tous les dépasser donc il faut qu’on se serre les coudes, qu’on serre les dents et qu’on réalise ce que nous avons dit que nous allions réaliser. Je suis tout de même confiant mais il faut rester alerte, vigilent. La concurrence internationale
est sans merci mais nos capacités et notre potentiel sont très intéressants. – Il faut aussi améliorer encore et toujours l’efficacité de l’administration: je crois que nous avons encore beaucoup de choses à faire. L’Inde a une expérience extrêmement intéressante de l’intégration des technologies de l’information dans la vie courante
du citoyen, dans le travail que fait l’administration, c’est remarquable. J’ai eu l’occasion de visiter quelques pays, il y a de véritables choses à faire. Il y a une vraie révolution technologique et digitale à réaliser dans notre pays. Des choses ont été faites, et on ne dénigre pas ce qui a été fait mais au regard de ce qui reste à faire c’est epsilon. Ce qui nous reste à faire est colossal et nous avons la chance de pouvoir faire des bonds et gagner en vitesse en utilisant sans modération le
digital dans notre vie.

– Il faut continuer et renforcer l’effort de formation. Le travail que nous avons fait avec les fédérations dans le cadre du Plan d’accélération industrielle est assez unique. Nous
avons vu avec les fédérations, assez en profondeur, dans certains cas entreprise par entreprise, pour voir leur besoins dans les trois prochaines années en trois dimensions: quels sont les profils (ingénieurs, techniciens, managers…), dans quelles régions (pour ne pas former les gens d’Agadir et leur demander de travailler à Tanger et réciproquement) et troisièmement dans la durée, selon l’échéancier dans lequel ils en ont besoin de façon à ce que l’on prépare les gens.
Ce petit booklet sert à tout le monde : il sert aux formateurs parce que cela leur permet d’orienter leur formation et pour les familles pour orienter leurs enfants. Quand je veux que mes enfants restent dans ma région et qu’ils finissent leurs études dans 5 ans, je sais qu’on a besoin de tel profil.

– Renforcer la présence du capital marocain dans toutes les opérations qui se font au Maroc est un autre élément en termes de défis. Pour cela il fallait tout d’abord redonner goût au secteur de l’industrie et qu’on se dise que chez nous le secteur industriel
est un secteur porteur et qu’il n’y a pas que les problèmes de syndicats, des fournisseurs, et de douanes, et d’export… mais qu’il y a aussi des possibilités d’avoir des revenus supplémentaires.
Je commence à percevoir le retour de ce goût à l’industrie au Maroc et j’en suis franchement ravi parce qu’on a été aussi chercher de grosses locomotives internationales. Ce deuxième élément est vital.
Par exemple si vous n’avez pas ces locomotives dans le secteur automobile, les
rangs 2 et 3 ne peuvent pas s’installer. Troisièmement, il faut réintéresser le capital
marocain à ces affaires là et je vous annonce que c’est le cas. Beaucoup de marocains sont revenus au secteur industriel sérieusement.

Quatrièmement, il faut aider ces structures à réaliser des joint-venture dans des conditions intéressantes pour le capital marocain. Je vous donne un exemple : le président de la fédération de l’automobile (AMICA) et son groupe qui est un groupe familial leader dans ,le vitrage de voitures au Maroc s’est associé avec le leader japonais dans le domaine pour pouvoir monter une unité sur 15 hectares pour fabriquer ensemble des vitres de voitures avec 2% de taux d’intégration au Maroc avec une joint-venture de leader marocain et leader mondial japonais. Voilà vers quoi nous
sommes en train de vaguer. Ce que je veux passer comme message est un axe
fort de la stratégie revue et visitée du PAI et qui compte deux objectifs importants
qui sont l’intégration du capital marocain d’une manière plus importante dans
le tissu national et un deuxième axe qui est tout aussi important qui est de
renforcer, de continuer la régionalisation de l’implantation des industries. J’ai
adoré voir par exemple Leoni, un groupe allemand de l’industrie automobile qui
avait fermé son usine à Bouznika en 2011 suite à une grève et donc un conflit social
et qui l’a réouverte. Elle comptait 1.600 employés à l’époque et elle a ouvert avec
3.000 personnes pour la première unité. Nous avons créé un écosystème Leoni,
qui est un groupe allemand qui dans sa nouvelle dimension va créer 11.000
emplois au Maroc. Il va commencer par ces 3.000 et créer d’autres unités. Ce qui
est intéressant c’est que Leoni crée cette unité à Bouznika et veut créer des unités
ailleurs au Maroc, avec l’idée de dire : je n’ai pas envie d’aller me battre là où
il y a beaucoup de demandes d’emploi mais dans des zones plus reculées où il
y a plus d’offres d’emploi. Évidemment cela intéresse le Maroc et accompagne
la régionalisation. Donc si on devait retenir deux choses de ce qui nous attend c’est le capital marocain et la régionalisation encore plus avancée. J’ai vu des choses atterrir
à Meknès dans différents secteurs. Il y a des secteurs qui sont en train de se préparer pour un décollage important comme l’agro-industrie. Il y a vraiment un beau tissu agro-industriel au Maroc qui a aujourd’hui des capacités fantastiques pour les prochaines années et un vrai savoir-faire historique. Là aussi nous étions un peu timides ces dernières années et il y a une place énorme avec notre intégration à l’Afrique avec
des marchés exceptionnels, et notre intégration en Europe.
La plateforme Maroc attire pour sa sécurité, sa stabilité mais aussi pour ses accords de libre échange pour lesquels nous avons pleuré pendant des années.

Je me suis déplacé à Rabat souvent en disant mettez-nous dans la boucle pour défendre nos intérêts mais je suis heureux qu’on ne m’ait pas beaucoup écouté parce qu’aujourd’hui si nous avons une plateforme qui attire c’est par nos 56 pays avec qui nous avons des accords de libre échange. Maintenant à nous de savoir les exploiter. Nous avions eu un accord sur le textile pendant 10 ans avec les Etats-Unis et quand on est arrivés à la veille de la péremption de cet accord on a découvert que ce serait
peut être pas mal de le renouveler mais nous n’avions consommé que 10%.
Aujourd’hui on a mieux, on a un accord de libre échange qui permet qu’en produisant au Maroc (il n’y a pas de limite) on peut exporter aux Etats-Unis, on peut exporter en Europe et cela c’est bon pour nous Marocains, c’est bon pour nos investisseurs étrangers qui viennent pour utiliser le Maroc comme plateforme et c’est bon pour nous Marocains en joint-venture avec des partenaires étrangers en partage de capital et de
savoir-faire.

Et avec l’Inde, je crois que nous avons beaucoup de choses à apprendre dans le domaine des technologies de l’information, des énergies renouvelables et beaucoup d’autres sujets. Il y a un vrai savoir-faire que nous comptons partager et nous avons l’intention de faire un pas sérieux sur cette partie des technologies de l’information dans notre pays et nous avons aussi notre plateforme hub sur
l’ensemble de l’Afrique, de l’Europe, des Etats-Unis, etc. qui intéresse l’Inde mais aussi l’ensemble de nos amis et de nos partenaires.

Donc nous sommes un pays ouvert à ces économies, nous voulons des investisseurs étrangers. Nous les considérons exactement sur le même pied d’égalité que les investisseurs marocains. Nous les aimons davantage lorsqu’ils sont associés avec des
Marocains et quand ils ont comme clients et comme fournisseurs des structures marocaines, cela fait que les tissus sont encore plus tissés, sans jeu de mots, mais nous avons de la place pour faire énormément de choses ensemble.

Notre économie évolue, évidemment si vous me posez la question de savoir si je suis satisfait vous me connaissez pour certains: je suis et je resterai un éternel insatisfait. Je pense que ce qui est fait est pas mal mais comme on dit à l’école: «peut mieux faire». Et cela ne peut être fait mieux et beaucoup plus loin que si on se met la main dans la main. En tous cas la mienne est à vous, elle est tendue et je suis au garde à vous à votre service.»

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